Air France-KLM lance un appel d’offres pour 160 avions destinés à KLM et Transavia

Ben Smith a annoncé un appel d’offres pour un nombre record d’avions moyen courrier. Pour la première fois, le groupe veut mutualiser les besoins de ses compagnies, en l’occurrence KLM et la low cost Transavia.

 

Le temps béni des mégacommandes d’avions et des bagarres homériques entre Boeing et Airbus est-il déjà de retour ? Le directeur général du groupe Air France-KLM, Ben Smith, a annoncé dans une interview au quotidien néerlandais « Het Financieele Dagblad », que le groupe franco-néerlandais vient de lancer un appel d’offres pour jusqu’à 160 nouveaux avions court et moyen-courriers, ce qui en ferait la plus grosse commande jamais passée dans son histoire.

 

De fait, si le patron a « lâché » cette annonce aux contours encore flous, c’est aussi dans le but, une fois de plus, de justifier les nécessaires synergies entre les compagnies aériennes du groupe. Pour la première fois, KLM-Air France prévoit donc de passer une seule commande pour des appareils neufs, destinés à entrer dans les flottes des diverses filiales du groupe.

 

Ces nouveaux avions sont nécessaires tant pour renouveler la flotte moyen-courrier de KLM que pour développer Transavia, la marque low cost du groupe implantée en France et aux Pays-Bas.

 

Une possible ouverture pour Airbus

 

Aucune précision n’a été donnée sur le calendrier, ni sur la répartition exacte des besoins, ou la répartition entre les commandes fermes et les options, mais KLM, qui exploite actuellement 170 avions, possède 51 appareils moyen-courriers à renouveler, tandis que les branches française et néerlandaise de Transavia sont appelées à multiplier leur flotte par deux ou trois dans les années à venir.

 

En France et aux Pays-Bas, Transavia utilise 88 avions Boeing 737, tandis que KLM, également cliente de Boeing, mélange dans sa flotte des B737-700, B737-800 et B737-900. L’annonce de Ben Smith confirme, en tout cas, l’optimisme de nombre de compagnies aériennes sur un haut niveau d’activité malgré la crise sanitaire.

 

Fin juin, la première compagnie aérienne américaine United Airlines avait déjà relancé les enchères, en annonçant le plus gros achat d’avions depuis au moins quatre ans, avec une commande de 200 Boeing 737 MAX et de 70 Airbus A321 ! Cette fois, c’est Air France-KLM qui se met en mode shopping.

 

Rattraper le temps perdu

 

A priori, la bataille se jouera donc entre les derniers modèles d’Airbus et de Boeing, avec d’un côté les A320 et A321 neo d’Airbus et, de l’autre, les 737 Max, la promesse de chacun étant de consommer moins de carburant. Les analystes soulignent la fidélité historique de KLM à Boeing, mais s’interrogent sur les préférences de Transavia. Ils soulignent aussi que sa branche française pourrait avoir intérêt à basculer du côté d’Airbus , afin de mutualiser l’entretien des appareils avec Air France.

 

Quelle que soit l’issue de la compétition, chacun se réjouit de ce signal de confiance donné à l’industrie aéronautique . Ben Smith insiste sur la nécessité pour la compagnie de rattraper le temps perdu. « En 2004, Air France-KLM était le plus grand groupe d’Europe, maintenant nous sommes numéro trois. Ils – à savoir l’allemand Lufthansa et l’anglo-espagnol IAG, propriétaire de British Airways, Iberia et Aer Lingus, NDLR – ont travaillé plus efficacement. Evidemment, nous pouvons le faire aussi, mais nous devons avancer un peu plus vite », a insisté le directeur général d’Air France-KLM dans la presse néerlandaise.

L’aide à Air France ne sera pas forcément la dernière annonce Bruno Le Maire

Le ministre de l’Économie n’a pas exclu de devoir soutenir de nouveau l’ancien fleuron français alors que le trafic aérien reste à un niveau très bas en Europe.

La nouvelle aide apportée à Air France par l’État français dans le cadre d’un plan de recapitalisation ne sera peut-être pas la dernière, vu la situation du secteur aérien, a indiqué mercredi le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire.

«Le secteur aérien en Europe affronte sa crise la plus importante depuis des décennies», a rappelé Bruno Le Maire à Bloomberg TV, au lendemain de la présentation d’un nouveau plan pour aider Air France-KLM à surmonter les conséquences de la pandémie de Covid-19, qui lui ont fait perdre 7,1 milliards d’euros l’année dernière.

Cette opération de recapitalisation, qui inclut la conversion d’un prêt public français de 3 milliards d’euros en quasi fonds propres et une nouvelle levée de fonds d’un milliard, permettra à l’État français de plus que doubler temporairement sa participation dans l’entreprise aérienne franco-néerlandaise, à près de 30%.

Interrogé sur la possibilité de voir cette aide être la dernière, Bruno Le Maire a répondu: «je ne dirai pas que c’est le cas. J’espère que cela le sera.» «Nous verrons bien quelle sera la situation du secteur aérien dans les prochains mois, mais je ne dirai pas que c’est la dernière aide que nous octroyons à Air France», a-t-il ajouté, alors que l’opération annoncée mardi a été strictement encadrée par la Commission européenne qui a exigé des contreparties.

Le trafic aérien reste à un niveau très bas

Face à la crise sanitaire, qui a réduit l’activité du transport aérien à la portion congrue et creusé les pertes de toutes les compagnies, les États français et néerlandais ont octroyé en 2020 plus de 10 milliards d’euros de prêts à Air France-KLM, dont sept milliards côté français (trois milliards de prêts directs et quatre de prêts bancaires garantis).

Le trafic aérien reste à un niveau très bas en Europe, sur fond de diffusion des variants du Covid-19 et d’une campagne de vaccination qui n’a pas encore atteint son rythme de croisière. Air France-KLM a révélé mardi s’attendre à une perte d’exploitation de 1,3 milliard d’euros au premier trimestre, et a vu sa trésorerie fondre d’un milliard entre fin décembre et fin février.

L’opération de mardi ne constitue qu’une première étape dans la consolidation des comptes de l’entreprise: à horizon 2023, elle veut que sa dette nette ne dépasse pas le double de l’excédent brut d’exploitation, un niveau qui lui permettra de «revenir se financer sur les marchés financiers», selon sa direction.