KLM : tensions et incertitudes autour du plan de sauvetage

Les négociations en cours sur les mesures de réduction des coûts chez KLM, dont dépend le déblocage des 3,4 milliards d’euros de prêts, suscitent de fortes tensions en interne, entre les syndicats et en externe, avec les pouvoirs publics et certaines associations environnementales. La proximité des élections générales n’arrange rien.

 

Les choses n’avancent pas au même rythme en France et aux Pays-Bas. Si Air France a déjà commencé à utiliser les 7 milliards d’euros de crédits mis à sa disposition par le gouvernement français et les banques, son partenaire KLM attend toujours les 3,4 milliards d’euros promis par son gouvernement. Le déblocage des fonds, dont dépend la survie de la compagnie néerlandaise, reste en effet conditionné à la mise en oeuvre d’un plan de réduction des coûts, qui doit théoriquement être présenté au gouvernement hollandais au 1er octobre mais qui fait encore l’objet de négociations difficiles entre les syndicats, la direction et les pouvoirs publics.

 

Des tensions illustrées par les dernières déclarations du ministre des Finances, Wopke Hoekstra, affirmant dimanche que la survie d’Air France-KLM « n’est pas automatique » et dépendra de sa capacité à « rétablir sa compétitivité » par des mesures de réductions des coûts.

 

Des baisses de salaires inégales

 

Dans ses grandes lignes, ce plan d’économies prévoit une importante réduction des effectifs, pouvant aller jusqu’à 5.000 emplois sur les 33.000 salariés du groupe KLM (en incluant Transavia), assortie de baisses des salaires. C’est sur ce second point que les négociations semblent achopper. Car si tout le monde s’accorde sur la nécessité pour KLM de réduire la voilure et les dépenses, la répartition des efforts telle qu’elle semble envisagée divise les syndicats.

 

« Tous les salariés situés en dessous du salaire médian de l’entreprise – soit environ 36.500 euros par an ne seront pas touchés par les baisses de salaires, explique un bon connaisseur du dossier. Mais pour les autres, la baisse de rémunération serait de 10 % jusqu’à deux fois le salaire médian et de 20 % à partir de trois fois le salaire médian. »

 

Les pilotes se rebiffent

 

Ce mode de répartition, imposé par un vote des députés néerlandais, convient aux syndicats des catégories de personnels au sol les moins bien payées (personnels au sol des escales, de la maintenance, du cargo et personnels de cabine), mais il ne fait évidemment pas les affaires des catégories les mieux payées, au premier rang desquels les pilotes. Plusieurs syndicats, dont le syndicat de pilotes VNV, ont même décidé d’engager un recours devant la Commission européenne contre les conditions imposées au plan de sauvetage de KLM.

 

« Nous ne demandons pas que les bas salaires subissent des baisses de rémunérations, mais nous ne voulons pas être les seuls à porter le redressement de KLM, explique un pilote. Chacun doit participer à l’effort sous une forme ou une autre. »

 

Greenpeace veut la mort du hub de KLM

 

A cela s’ajoute un autre recours, engagé cette fois par Greenpeace Holland, contre le plan d’aide gouvernemental à KLM, jugé contraire aux engagements de réductions des gaz à effet de serre des Pays-Bas. Comme Air France, KLM s’est pourtant engagé à réduire ses émissions de CO2 , mais aussi ses vols de nuit à Amsterdam-Schiphol, qui passeront de 32.000 à 25.000 par an, conformément aux revendications des associations de riverains.

 

Mais Greenpeace ne s’en satisfait pas. L’association, qui s’est illustrée récemment dans la défense des propositions les plus radicales de la « convention citoyenne » en France, milite en effet en faveur d’une « réduction d’un tiers du trafic aérien à l’échelle européenne d’ici à 2040 » ainsi que pour l’interdiction pure et simple des vols court-courriers qui alimentent les vols internationaux au départ d’Amsterdam-Schipol. Autant dire la mort du « hub » de KLM.

 

Contexte politique tendu

 

Le débat sur l’avenir de KLM est évidemment amplifié par la proximité des élections générales aux Pays-Bas, en mars 2021, au résultat très incertain. L’actuel gouvernement de coalition a déjà perdu sa majorité absolue à la chambre haute et doit faire face à la fois à la poussée de la droite nationaliste et de la gauche écologiste. Nul doute que le traitement du dossier KLM pèsera dans la balance.

 

La survie d’Air France-KLM n’est pas « automatique », avertit La Haye

La crise engendrée par le coronavirus et les confinements risque de mettre en péril la survie de l’alliance franco-néerlandaise, a estimé le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra.

La survie de l’ Air France -KLM, mise à mal par la pandémie de Covid-19, n’est pas acquise si la crise économique actuelle se poursuit, a déclaré ce dimanche le ministre néerlandais des Finances. « Ce n’est pas automatique », a expliqué Wopke Hoekstra dans une interview à la télévision publique néerlandaise NPO, rappelant l’importance de réduire les coûts. La France et les Pays-Bas possèdent chacun 14 % du groupe franco-néerlandais.

« Ils devront s’attaquer à leur base de coûts, même si les choses restent en l’état. Mais si la situation se prolonge jusqu’à la fin de l’année prochaine, alors ils devront réduire (les coûts) encore plus drastiquement », a insisté le ministre.

La survie à court terme du groupe est assurée par le soutien financer des gouvernements français et néerlandais. Paris a accordé au printemps sept milliards d’euros d’aide à Air France sous forme de prêts, les Pays-Bas ont fait de même pour KLM à hauteur de 3,4 milliards d’euros.

« Changer de cap »

L’aide accordée à KLM par les Pays-Bas doit notamment s’accompagner d’un « plan de restructuration global » ainsi que d’engagements concernant le « rétablissement des performances et de la compétitivité » de la compagnie.

Le ministre Wopke Hoekstra a précisé qu’il avait insisté dans les discussions avec l’entreprise sur l’importance de « changer de cap ». Selon l’agence de presse néerlandaise ANP, KLM doit élaborer un plan de restructuration le 1er octobre.

Le groupe Air France-KLM a accusé une perte de 2,6 milliards d’euros au deuxième trimestre, touché par l’effondrement du trafic aérien provoquée par l’épidémie due au coronavirus, après une perte de 1,8 milliard sur les trois premiers mois de l’année. Air France a annoncé qu’elle allait supprimer 7.580 emplois d’ici fin 2022 et KLM jusqu’à 5.000.