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Air France poursuit son écrémage dans son réseau loisir

Air France a annoncĂ© avoir soldĂ© son PGE, soit 2,5 milliards d’euros. Un remboursement qui rĂ©sulte d’un changement stratĂ©gique et commercial de la compagnie. TerminĂ© les petits prix et les lignes non rentables, Air France continue de sabrer dans son rĂ©seau loisir. AprĂšs Punta Cana (RĂ©publique dominicaine), elle a aussi supprimĂ© les dessertes des Maldives (MalĂ©) et du Sri Lanka (Colombo).

Air France ne cesse de faire l’actualitĂ© dans le secteur du voyage et Ă©conomique.

Deux jours aprĂšs la suppression de la desserte de Punta Cana pour l’hiver 2023/2024, le lendemain du remboursement du solde de son PGE, la compagnie nationale poursuit d’Ă©crĂ©mer son rĂ©seau loisir.

En effet, nous avons appris que les Ă©quipes de Benjamin Smith ont dĂ©cidĂ© de ne pas renouveler les lignes saisonniĂšres comme MalĂ© aux Maldives et Colombo au Sri Lanka, pour l’hiver 2023/2024.

Étant donnĂ© qu’il n’y aura aucun vol pour l’Ă©tĂ© 2023, les derniĂšres rotations ont eu lieu respectivement les 9 et 11 mars 2023.

Une décision qui illustre la politique prise par Air France : couper les lignes loisirs non rentables.

Maldives et Sri Lanka : Pourquoi Air France arrĂȘte ?
Pour le patron d’Exotismes, ce genre de dĂ©cision est plutĂŽt logique.

“Air France a besoin de sortir des profits importants pour rembourser sa dette et ĂȘtre crĂ©dible en bourse. Elle doit rationaliser son offre pour sa survie. De plus, nous n’avons pas d’intĂ©rĂȘt Ă  voir un partenaire s’affaiblir et qui n’assure pas sa pĂ©rennitĂ©,” se montre philosophe Gilbert Cisneros.

AprĂšs deux ans Ă  s’endetter pour survivre, les dirigeants de la compagnie ont dĂ©cidĂ© de couper les mauvaises branches.

L’objectif Ă©tant d’en terminer avec les lignes dans le rouge, pour se focaliser sur celles qui rapportent le plus, afin de pouvoir Ă  l’avenir investir et aussi se dĂ©lester un peu de la grande prĂ©sence de l’Etat Français (28,6% des actions).

Et ce n’est pas la seule raison pour expliquer cette dĂ©cision. Dans un ciel et un monde qui reviennent Ă  la normale, les billets en PremiĂšre et Business reprennent tout leur sens Ă  savoir assurer la rentabilitĂ© des vols.

“Ils arrĂȘtent des destinations qui sont le cas prĂ©sent purement loisirs.

Le modĂšle Ă©conomique d’Air France repose sur une vente intĂ©grale de l’avant de l’avion (business et premiĂšre classe, ndlr) pour espĂ©rer rentabiliser une route,” analyse un fin observateur de l’aĂ©rien.

Aussi bien sur la RĂ©publique dominicaine que les Maldives et le Sri Lanka, la compagnie n’avait aucun problĂšme pour remplir la classe Ă©co, mais beaucoup plus pour espĂ©rer vendre ses siĂšges lucratifs situĂ©s Ă  l’avant.

Faute de rentabilité, Air France préfÚre laisser ces destinations aux compagnies du Golfe ou ses concurrentes européennes.

Quel programme été pour Air France ?
Air France a prĂ©sentĂ© son programme Ă©tĂ© pour l’annĂ©e 2023. La compagnie renforce ses vols vers l’Asie, l’AmĂ©rique du Nord et l’Afrique de l’Est. Au total 191 destinations desservies dans 89 pays seront desservies soit “un rĂ©seau et un programme au niveau de 2019”.

Parmi les nouveautés phares, on note le lancement de lignes vers Dar Es Salaam (Tanzanie) et Ottawa (Canada) depuis Paris-Charles de Gaulle, et vers Belém (Brésil) depuis Cayenne (Guyane).

La réouverture de la Chine est un signal positif pour le continent asiatique. La compagnie renforcera ses vols vers Pékin, Shanghai et Hong Kong à compter du 1er juillet 2023, qui passeront en quotidien.

Toujours en Asie, Air France poursuivra l’augmentation des capacitĂ©s vers Tokyo (Japon), dont la compagnie dessert les deux aĂ©roports. Jusqu’à 11 vols par semaine seront proposĂ©s vers Tokyo Haneda et 3 vers Tokyo Narita.

Programme été renforcé en Afrique et en Amérique du Nord
Le renforcement de la desserte de l’AmĂ©rique du Nord se poursuivra Ă©galement. Air France proposera cet Ă©tĂ© jusqu’à 180 vols par semaine de/vers 14 destinations aux États-Unis (incluant deux aĂ©roports Ă  New York : John F. Kennedy et Newark Liberty) et 50 vols par semaine vers 5 destinations au Canada.

La compagnie reprendra le 2 mai 2023 ses vols entre Paris-Charles de Gaulle et Québec, et inaugurera le 27 juin une nouvelle liaison entre Paris-Charles de Gaulle et Ottawa. 5 vols directs seront proposés chaque semaine, opérés en Airbus A330-200.

TrĂšs prĂ©sente en Afrique tout au long de la crise Covid, Air France maintiendra sur cette zone des capacitĂ©s supĂ©rieures Ă  2019. À compter du 12 juin 2023, la compagnie ajoutera Dar Es Salaam (Tanzanie) Ă  son rĂ©seau. Trois vols par semaine seront assurĂ©s en Boeing 787-9 en continuation de Zanzibar (Ă©galement en Tanzanie), destination elle-mĂȘme inaugurĂ©e en 2021. À la mĂȘme date, la desserte de Nairobi (Kenya) deviendra directe, avec un vol quotidien assurĂ© en Boeing 787-9.

Enfin, dans la zone Caraïbes, Air France inaugurera le 5 mai 2023 une nouvelle liaison directe entre Cayenne (Guyane) et Belém (Brésil), avec un vol hebdomadaire assuré en Airbus A320.

Ces Ă©volutions du programme porteront Ă  85 le nombre de destinations long-courrier desservies par Air France.

ÉtĂ© 2023 : quid du rĂ©seau court et moyen-courrier
Sur le rĂ©seau court et moyen-courrier, Air France proposera jusqu’à 650 vols par jour de et vers 106 destinations.

En complĂ©ment de son programme habituel, la compagnie proposera 66 liaisons saisonniĂšres en France et en Europe, au dĂ©part de Paris et d’aĂ©roports rĂ©gionaux français. Ces liaisons permettront notamment de rallier la Corse (depuis Paris, Bordeaux, Caen, Rennes, Lille, Lyon et Nantes), la GrĂšce (depuis Paris, Marseille, Nice et Toulouse), l’AlgĂ©rie (depuis Paris, Marseille, Nice et Toulouse), le Maroc (depuis Paris et Nice), ou encore la Tunisie (depuis Paris, Marseille et Nice).

Transavia France, filiale low cost du Groupe Air France-KLM, proposera quant à elle prÚs de 200 liaisons court et moyen-courrier vers 120 destinations cet été, dont 100 de et vers Paris-Orly.

(Tourmag  16 mars 2023)

Se refaire une santĂ© … aux dĂ©pens de qui ? 😏

Air France a profité de la crise sanitaire pour se refaire une santé

La compagnie aĂ©rienne a enregistrĂ© en 2022 un bĂ©nĂ©fice supĂ©rieur Ă  celui d’avant le Covid, en 2019, et a commencĂ© le remboursement de sa dette.

« We’re back to business [“Nous sommes de retour aux affaires”] », s’est fĂ©licitĂ©, en anglais, Benjamin Smith, directeur gĂ©nĂ©ral d’Air France-KLM, Ă  l’occasion de la prĂ©sentation des rĂ©sultats annuels de la compagnie aĂ©rienne, vendredi 17 fĂ©vrier. Il est vrai que le dirigeant canadien a de quoi se rĂ©jouir. AprĂšs deux annĂ©es de pertes abyssales, la compagnie franco-nĂ©erlandaise a enregistrĂ© un bĂ©nĂ©fice net de 728 millions d’euros en 2022, contre seulement 290 millions d’euros en 2019, derniĂšre annĂ©e avant l’irruption de la pandĂ©mie de Covid-19. Mieux, son rĂ©sultat opĂ©rationnel, qui a atteint 1,2 milliard d’euros, est lui aussi supĂ©rieur Ă  celui de 2019. Un regain de forme qui tranche avec les pertes de 7,1 milliards d’euros et 3,3 milliards de 2020 et 2021.

Paradoxalement, Air France-KLM semble sortie de la crise mieux armĂ©e qu’elle n’y Ă©tait entrĂ©e. Qu’on en juge : en 2022, son chiffre d’affaires, Ă©tabli Ă  26,39 milliards d’euros, a terminĂ© assez proche de celui de 2019, qui avait culminĂ© Ă  27,18 milliards d’euros. La compagnie n’a pourtant transportĂ© que 83 millions de passagers, Ă  comparer aux 104 millions d’avant la pandĂ©mie. Air France-KLM revient de loin. En 2021, en pleine tourmente sanitaire, elle n’avait convoyĂ© que 45 millions de passagers.

Outre ses rĂ©sultats financiers revenus dans le vert, Benjamin Smith a d’autres motifs de satisfaction. Graphique Ă  l’appui, il s’est vantĂ© que ce soit « Air France qui [ait] dirigĂ© la reprise du transport aĂ©rien ». La compagnie a fait mieux que ses rivales IAG, maison mĂšre de British Airways, et Lufthansa. Pour y parvenir, elle a dĂ©ployĂ© « la plus ambitieuse augmentation de capacitĂ© pour ses clients ». Ambitieuse mais limitĂ©e, car elle ne s’est Ă©levĂ©e qu’à 85 % de celle de 2019. Toutefois, a prĂ©cisĂ© M. Smith, en 2022, les cabines de ses avions « Ă©taient mieux remplies [que trois ans auparavant] ».

« Restructuration »

A l’examen, la compagnie a tirĂ© parti de la crise pour se transformer radicalement. Sa prioritĂ©, comme l’a indiquĂ© son patron, Ă©tait de signer un accord avec le Syndicat national des pilotes de lignes (SNPL) « pour augmenter la flotte de Transavia ». Le nombre d’avions de la filiale Ă  bas coĂ»t a plus que doublĂ©, passant d’une petite quarantaine d’appareils Ă  prĂšs de 100 aujourd’hui.

Dans le mĂȘme temps, Air France a sensiblement rĂ©duit l’activitĂ© de sa filiale rĂ©gionale Hop !, « remplacĂ©e par Transavia Ă  Orly ». Un choix qui a allĂ©gĂ© ses comptes. « Si nous n’avions pas procĂ©dĂ© Ă  cette restructuration, nous aurions perdu plus de 300 millions d’euros » en 2022, a soulignĂ© Anne Rigail, directrice gĂ©nĂ©rale d’Air France. Cette perte se serait ajoutĂ©e aux 250 millions d’euros Ă©vaporĂ©s avant la crise. La pĂ©riode Covid a Ă©tĂ© aussi l’occasion pour la compagnie de tailler dans ses coĂ»ts, notamment en se dĂ©barrassant de ses avions les plus anciens et les plus gourmands en carburant pour les remplacer par des appareils neufs beaucoup plus sobres et moins polluants.

Jusqu’à prĂ©sent, la stratĂ©gie de M. Smith, qui a choisi, pour augmenter ses recettes, de miser sur les passagers Ă  haute contribution et une montĂ©e en gamme, est validĂ©e par les faits. Si la clientĂšle affaires n’est pas encore totalement revenue – « elle est toujours en baisse de 30 % sur le court-courrier et moins dynamique sur le moyen-courrier que sur le long-courrier », selon Mme Rigail –, Air France a pu capitaliser sur les passagers loisirs afin d’occuper sa business class et mĂȘme sa premiĂšre classe, « assez pleine », d’aprĂšs la directrice gĂ©nĂ©rale.

Consolidation du ciel européen

Forte de ses bons rĂ©sultats, Air France-KLM s’emploie Ă  rĂ©duire sa dette, qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© ramenĂ©e en deux ans de 8,2 milliards d’euros Ă  6,3 milliards. Le groupe est en passe de rembourser au pas de charge toutes les aides et les prĂȘts garantis de l’Etat (PGE). En mars 2023, la compagnie franco-nĂ©erlandaise aura remboursĂ© l’intĂ©gralitĂ© des 2,5 milliards d’euros restants du PGE. En avril, elle reversera, en deux tranches de 300 millions, la moitiĂ© des 1,2 milliard d’euros qu’elle avait aussi reçus.

DĂ©barrassĂ©e de ce fardeau financier, Air France peut pleinement participer Ă  la consolidation du ciel europĂ©en. La compagnie nationale portugaise et ses liaisons vers le BrĂ©sil seraient dans son viseur. Elle pourrait aussi participer Ă  la restructuration des compagnies françaises Ă  l’activitĂ© tournĂ©e vers les territoires d’outre-mer. Air Austral, Corsair et Air CaraĂŻbes « seraient dans une situation concurrentielle un peu Shadok », aux dires d’Anne Rigail.

Enfin, cerise sur le gĂąteau, la crise aura permis Ă  Air France et Ben Smith de mettre au pas KLM, devenue aujourd’hui une vĂ©ritable filiale. L’Etat aura, lui aussi, fait une bonne affaire. En 2019, les Pays-Bas Ă©taient montĂ©s sans prĂ©venir et au prix fort jusqu’à 12,68 % du capital de la compagnie pour Ă©galer la participation de la France. Trois ans plus tard, la France a grimpĂ©, Ă  moindre prix, jusqu’à 28,2 % du capital, alors que les NĂ©erlandais ne dĂ©tiennent qu’une modeste participation de 14 %. « Et cela ne bougera pas », a confiĂ© Mme Rigail.

LeMonde.fr – 17 FĂ©vrier 2023