Avec la crise, l’Etat actionnaire devient l’Etat pompier pour les entreprises stratégiques (Air France-KLM, SNCF…)

La crise a modifié la politique actionnariale de l’Agence des participations de l’Etat (APE). Son action en renforcement de fonds propres va se focaliser sur deux types d’entreprises : celles fragilisées par la crise et dont le modèle économique est remis en cause comme Air France ou la SNCF, et celles, également touchées par la crise, mais dont le modèle est toujours valable comme les entreprises du secteur automobile. L’APE dispose d’une enveloppe de 20 milliards d’euros pour intervenir.

Avec la crise, les orientations actionnariales de l’Etat ont changé. La valeur patrimoniale des entreprises de son portefeuille s’écroulant, le temps des cessions de participations a laissé place à des interventions d’urgence pour sauver des entreprises stratégiques fragilisées par la crise. Une vingtaine d’entre elles ont été identifiées par l’Agence des Participations de l’Etat (APE) et sont surveillées comme le lait sur le feu. En cas de besoin de liquidités, elles pourront être aidées rapidement comme l’ont été dès le printemps dernier Air France et Renault.

La doctrine d’investissements change

Résultat : simplifiée en 2017, la doctrine de l’APE en matière d’investissements a été revue. Alors qu’elle consistait pour l’Etat à rester au capital de trois catégories d’entreprises (celles relevant de la souveraineté comme la Défense et le nucléaire, les grandes entreprises de services publics et enfin les entreprises pour lesquelles un soutien était nécessaire, comme Dexia et PSA dans le passé), elle se concentre aujourd’hui sur deux types d’entreprises, a indiqué ce jeudi Martin Vial, le commissaire aux participations de l’Etat, lors d’une rencontre avec la presse : “celles dont le modèle est profondément et durablement impacté ou modifié par le Covid-19” comme le sont Air France, ADP ou la SNCF, et “celles qui ont certes été très frappées par le Covid, mais dont le modèle économique n’est pas remis en cause, comme le secteur automobile”, a-t-il expliqué.

Renforcer les fonds propres

Pour les entreprises de la première catégorie, l’Etat est prêt à jouer les pompiers. Sa politique actionnariale se focalisera sur “des opérations de sauvetage”, en “renforçant les fonds propres des entreprises qui les ont perdus”, et en accompagnant “leur changement de stratégie pour que leur modèle économique puisse rester résilient”, a précisé le directeur de l’APE.

Ainsi, des opérations de renforcement de fonds propres sont prévues pour Air France-KLM, lequel a déjà bénéficié au printemps d’un prêt d’actionnaire de 3 milliards d’euros de l’Etat français et d’une garantie de l’Etat sur un prêt bancaire de 4 milliards. Mais aussi pour la SNCF.

“Le modèle économique d’Air France-KLM est affecté de différentes manières. La clientèle Premium a quasiment disparu et, avant qu’elle ne revienne de façon massive, il risque de s’écouler du temps, car cette clientèle ne voyage plus. Deuxième évolution, la crise du Covid a aussi renforcé les demandes en matière environnementales. Le groupe s’est endetté de manière massive. A la fin du jour, il faudra bien renforcer les fonds propres du groupe. La très bonne nouvelle est ces plans de soutien abondent la capacité de liquidités de l’entreprise, et il n’y a pas de sujets (de trésorerie, NDLR) urgent à court terme”, a expliqué Martin Vial, en précisant que ces soutiens publics auront un impact sur la gouvernance du groupe.

Pour rappel, celle-ci est extrêmement compliquée depuis l’arrivée brutale début 2019 de l’Etat néerlandais dans le capital d’Air France-KLM à hauteur de 14%, au niveau de ce la participation de l’Etat français. Avec cette opération, les Néerlandais revendiquent davantage de droits au sein du groupe pour peser sur ses décisions.

“Très clairement, le poids relatif de l’Etat français et néerlandais dépendra in fine de l’effort financier fait par les uns et les autres. Dans le renforcement des fonds propres qui sera discuté avec l’entreprise, l’intervention que l’Etat français et que l’Etat néerlandais pourront faire déterminera in fine l’évolution de la gouvernance”, a ajouté le commissaire de l’APE.

L’aide de la France à Air France a été au printemps le double de celle des Pays-Bas (3,5 milliards d’euros). Selon des analystes, le groupe aura besoin entre 3 et 5 milliards d’euros d’argent frais d’ici à un an.

SNCF devra cesser de brûler du cash en 2022

La SNCF fera également l’objet d’un renforcement de fonds propres. Moins d’un an après avoir repris 25 milliards d’euros de la dette de la SNCF, la seconde tranche de 10 milliards d’euros en 2022 n’est pas remise en cause. Les contreparties demandées par l’Etat à l’entreprise non plus. Elles sont toujours “pertinentes et valides”, selon Martin Vial.

” La SNCF doit pouvoir dégager des cash flow libres positifs au niveau du groupe à partir de 2022 et avant 2025 pour ce qui concerne SNCF réseau. Ces deux rendez-vous sont maintenus dans le travail de renforcement des fonds propres et de soutien financier sur lequel nous travaillons avec la SNCF”, a-t-il rappelé.

Pour améliorer les comptes déjà dégradés par les grèves de la fin de l’année dernière (qui s’ajoutaient à celles de l’année précédente contre la réforme ferroviaire), la SNCF va vendre des actifs. Selon les Echos, sa filiale de location de wagons Ermewa est en vente et la direction espère tirer environ 2,5 milliards d’euros.

Pour pouvoir mener à bien ces sauvetages, l’APE dispose d’une enveloppe de 20 milliards d’euros votée par le Parlement, “une force de frappe extraordinaire”, selon Martin Vial. Cette manne sera “utilisée au fur et à mesure des besoins des entreprises, pas seulement du portefeuille mais aussi d’autres qui souhaiteraient le soutien de l’Etat”, a précisé le Commissaire de l’APE. Il pourra intervenir dans le cadre de l’assouplissement provisoire des règles européennes en matière d’aides d’Etat.

Avoir des entreprises qui jouent les prédateurs dans la concentration

Pour la deuxième catégorie d’entreprises dans lequel l’Etat continuera d’investir, c’est-à-dire celles qui souffrent mais dont le modèle économique n’est pas remis en cause, il pourra y avoir, selon Martin Vial, “des soutiens financiers ponctuels, mais surtout des soutiens pour du redéploiement, car ces crises ont toujours des périodes de reconcentration et notre objectif est que les entreprises de notre portefeuille soient plutôt des consolidateurs plutôt que des consolidés.”

Concernant l’automobile, “même si ce secteur doit évoluer avec l’évolution des contraintes sur les véhicules thermiques, son modèle économique n’est pas remis en cause. Il y a eu une reprise très forte de ventes. Le plan de soutien a produit ses effets dès juillet. Pour autant, il faut prendre en compte la perte de recettes et de fonds propres liés à la crise du Covid, et des opportunités qui vont apparaître”, a-t-il dit.

Satisfecit à Renault

A ce titre, ce dernier a adressé un satisfecit à la direction de Renault.

“Luca de Meo (le nouveau directeur général de Renault (NDRL) fait un travail formidable de mobilisation des troupes et de préparation du plan stratégique qu’il va présenter cet hiver. Il a d’ores et déjà annoncé la mise en place d’une nouvelle organisation du groupe pour le déployer”. Sur le plan commercial, Renault fait un tabac sur les véhicules électriques. La dynamique pour Renault est donc plutôt bonne avec une situation financière qui est maîtrisée mais qui reste un défi, d’où le plan de restructuration annoncé au printemps pour un plan d’économies de deux milliards d’euros pour pouvoir abaisser le point mort du groupe. C’est quelque chose d’important, mais j’ai une très grande confiance dans le management mis en place sous la houlette de Jean-Dominique Sénart (le président) et Luca de Meo. Ils ont recruté des managers venant de concurrents. Bref, ils se sont équipés des leviers pour pouvoir rebondir”.

Martin Vial s’est également déclaré très satisfait du fonctionnement de l’Alliance Renault-Nissan, après les tensions observées ces derniers temps.

“Sous la présidence de Jean-Dominique Sénart, l’Alliance avance de façon très efficace et pragmatique sur des projets très concrets pour Renault et Nissan. Nissan n’est pas dans une période faste, ils ont leur propre restructuration, et le travail qui est fait au niveau de l’Alliance est un travail très pratique, bloc par bloc, au-delà de la communalité des achats afin d’éviter les duplications d’investissements, d’ingénierie, de projets, pour que les entreprises profitent des investissements des autres. C’est en cours, et le climat me paraît très bon entre les managers de Renault et ceux de Nissan”, a-t-il expliqué.

La valeur du portefeuille s’effondre

Avec la crise, le portefeuille d’entreprises cotées détenu par l’Etat “a vu sa valeur fondre de 22% entre le 1er janvier et le 9 octobre, contre 17% pour le CAC 40″, une mauvaise performance qui s’explique par le poids des secteurs énergétique et aéronautique dans les participations de l’Etat. Au premier semestre, “le rendement du portefeuille a été très limité, de 0,3%”, a encore détaillé le patron de l’APE, ajoutant que “nous n’avons encaissé que 700 millions de dividendes au printemps contre 2,3 milliards l’année précédente”.

 

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