Aérien : « Nous vivons en direct le crash d’une industrie »

Aucune compagnie aérienne ne pourra survivre au-delà de mai sans aide de l’Etat. Celle-ci passera majoritairement par une entrée au capital. La restructuration du secteur sera bien plus profonde que celle intervenue après le 11-Septembre, estime Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».

Pertes et profits. C’est nuitamment, mardi 14 avril, que le conglomérat chinois HNA a averti ses créanciers qu’il reportait le paiement de sa dette de 2013 d’un an. Ceux qui ont acheté celle émise en 2015 n’en mènent pas beaucoup plus large, puisque sa cotation a été suspendue la même semaine. HNA est tout simplement au bord de la faillite. Son activité première, Hainan Airlines, la quatrième compagnie aérienne de Chine, a déjà perdu plus de 4 milliards d’euros au premier trimestre et n’a plus les moyens de tenir.

Elles seront les premières victimes visibles de la crise. Dès le mois de mars, l’association internationale du transport aérien (IATA) prévenait que la plupart de ces compagnies ne pourraient pas tenir au-delà de mai. Le milliardaire américain Warren Buffett a coutume de dire qu’il n’y a pas plus mauvais investissement que l’aérien, métier structurellement en perte depuis sa création et qui ne survit que grâce au soutien des Etats.

Cela n’a jamais été aussi vrai, mais le séisme est aujourd’hui d’une magnitude inédite. Aucune entreprise de ce secteur n’est épargnée. L’Australie pleure pour ses deux champions, Virgin et Qantas, l’Afrique voit ses trois seules compagnies de rang international mordre la poussière : Ethiopian Airlines, la seule rentable du continent, Kenya Airways et South African Airways. Déjà en dépôt de bilan, cette dernière est désormais à court de liquidités.

Souci de souveraineté

En Europe et aux Etats-Unis aussi, les pavillons nationaux sont en déroute et en appellent aux gouvernements. Tous ont compris qu’il faudrait en passer par des nationalisations au moins partielles : la France et les Pays-Bas pour Air France-KLM, l’Allemagne pour Lufthansa et même le Royaume Uni pour IAG, maison mère de British Airways. Aux Etats-Unis, les American Airlines, Delta et Southwest Airlines ont dû également se résoudre à inviter l’Etat dans leur capital.

Nous vivons en direct le crash d’une industrie. Personne n’y échappera. Le sort de Hainan Airlines sera probablement d’être avalé par un concurrent étatique. Ces nationalisations massives répondent plus à un souci de souveraineté qu’à une quelconque rationalité économique. Discours dorénavant à la mode. Mais les Etats, affaiblis par l’effondrement de leurs recettes et l’explosion de leur dette, pourront-ils tous sauver leurs fleurons à fonds perdu, alors qu’il y a tant à faire de tous côtés ?

La crise née des attentats du 11 septembre 2001 a profondément changé la physionomie du secteur, notamment en Europe avec, entre autres, la disparition de Sabena et Swissair. Le cataclysme actuel, bien plus violent, avec une économie mondiale appauvrie, redessinera le secteur plus sensiblement encore. Les survivants en sortiront renforcés, mais redécolleront sur un champ de ruines.

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